Grand entretien Le Moniteur

Propos recueillis par Barbara Kiraly.

L'innovation et la reconstruction de la ville sur la ville sont les deux créneaux de QUARTUS.

Comment s'est déroulée votre arrivée, quelques jours à peine avant le premier confinement ?

La prise en main fut compliquée du fait du confinement, mais aussi très accélérée, car ce dernier a soudé les équipes autour de moi. QUARTUS est une société qui a émergé en mettant l'accent sur les usages et l'innovation. Elle entre à présent en période de digestion de croissance. Avant de prendre mon poste, j'ai effectué un audit de quatre mois et formulé un certain nombre de recommandations, dont la restructuration financière du groupe, avec l'objectif de le désendetter. Naxicap a réalisé une augmentation de capital de 85 M€, ce qui a porté nos fonds propres à plus de 190 M€ et fait de Naxicap le premier actionnaire du groupe, qui détient plus de 99 % des parts.

Quel est votre projet pour la société ?

Il a d'abord fallu redéfinir et stabiliser le projet d'entreprise, afin que tous les services aillent à la même allure, puis mettre en place des process internes, créer des outils digitaux… Nous sommes en train d'établir notre raison d'être et de repenser notre plate-forme de marque. Quartus se développe autour de trois valeurs majeures : la réponse au défi climatique et à la nécessaire économie de ressources, le renforcement de la cohésion sociale, et le fait de rendre l'esthétique accessible. La beauté d'une ville se construit avec une exigence urbaine et architecturale. Nous travaillons ainsi avec cinq architectes récompensés par le prix Pritzker.

Renforcez-vous les objectifs annuels ?

Nous nous recentrons autour de trois métiers principaux, le logement, le bureau et la logistique, et nous augmentons nos parts de marché sur les
territoires où nous sommes présents : Nice, Marseille, Lyon, Bordeaux, Lille, Nantes, Paris et sa périphérie. Notre activité « Ensemblier urbain » consolide l'expertise de ces trois métiers et apporte des services (développement de tiers-lieux, sélection des commerces à implanter, des prestataires pour animer les lieux… ). Chaque activité - hors Ensemblier urbain - génère 150 M€ de chiffre d'affaires. Bien que nous souhaitions ne pas dépendre d'un volume et que nous misions sur la proximité avec les territoires, l'activité logement devrait générer 400 M€ de CA d'ici à trois ans. Et l'activité logistique devrait atteindre 200 M€ de CA en 2021. Sur l'immobilier d'entreprise, nous nous investissons sur les activités de l'artisanat et des PME, qui repartiront les premières. Développer la ville productive est une préoccupation des maires. Si l'on veut fabriquer la ville durable, il faut fabriquer de l'emploi local.

Pour fabriquer la ville durable, les promoteurs ne doivent-ils pas se renforcer sur les réhabilitations ?

Effectivement, et nous développons d'ailleurs de très nombreux projets laissant une grande place à la réhabilitation. Je pense par exemple à la Halle 6 à Nantes, qui abritera un hôtel d'entreprises sur 6 000 m² avec une offre de bureaux allant de 15 à 400 m² et des espaces collaboratifs généreux de 1 000 m² ; à l'Orfèvrerie à Saint-Denis, un projet visant à réhabiliter les anciennes usines Christofle en accueillant une cité de l'artisanat d'art ; ou à l'Ilo23 à Clermont- Ferrand sur un ancien site industriel Michelin, un projet mixte couplant services, logements et tertiaire qui accueillera le siège local d'Enedis. Bien sûr, les modèles doivent être adaptés. Lorsqu'un projet comprend une grande part de réhabilitation, la maîtrise des coûts est plus aléatoire. Les promoteurs doivent donc renforcer le développement de leurs compétences techniques. Une vingtaine de postes sont ouverts jusqu'à la fin de l'année, ils y seront dédiés. Et nous octroyons de nombreuses formations en interne.

Avez-vous bénéficié du Fonds friches, dont le montant a été doublé pour être porté à 750 M€ en mai dernier ?

Nous avons obtenu notre première subvention dans le cadre du Fonds friches pour l'Ilo23. Et nous le solliciterons pour d'autres opérations. Ces aides octroyées permettent aux projets, qui font face à des problématiques de dépollution extrêmement importantes, de voir le jour dans de meilleures conditions.

Vous avez publié deux tribunes faisant l'éloge de la densité. N'est-ce pas à contre-courant du monde post-Covid ?

Le phénomène de concentration dans les grands centres urbains existe. Il me semble préférable de l'accompagner pour rendre la ville bienveillante et respirable. Celle-ci engendre un certain nombre de bénéfices (les services de santé, l'accès à la culture, à l'enseignement, aux commerces… ) et de contraintes comme la pollution de l'air, les transports en commun surchargés… Si l'on n'apporte pas de bénéfices aux habitants dans le cadre de l'aménagement de nouveaux projets urbains, il ne leur restera que la contrainte. Et ils pointeront alors du doigt la densité. La densité la plus importante pour les habitants, les usagers, c'est celle qui est ressentie. Elle n'est pas un problème en soi et pour la rendre acceptable, il faut travailler les projets : en ouvrant les îlots par exemple, en animant les rues régulièrement… Le retour à la nature tant demandé par les citoyens est parfaitement compatible. Nous pouvons tout à fait proposer d'aménager des espaces publics moins minéraux, plus verts, accessibles à tous. A l'échelle d'une agglomération, cela nécessite d'avoir une vision globale et un projet commun pour mettre l'aménagement du territoire en cohérence avec les besoins. Cela demande aussi d'avoir le courage de concerter et la compétence d'expliquer le projet urbain voulu. Si vous faites cela, les habitants comprendront mieux et accepteront plus facilement les décisions en matière d'aménagement.

Les promoteurs, qui ont pu développer des programmes de piètre qualité, n'ont-ils pas leur part dans la crise de l'offre de logements, causée par la baisse des permis de construire ?

En France, nous pourrions être un peu plus ambitieux sur la qualité de la construction d'une manière générale. Il en va de notre responsabilité. Toutefois, la séquence qui vient de se dérouler profite en premier lieu aux propriétaires fonciers, au premier rang desquels il y a l'Etat et les collectivités locales. Depuis quelques années, les prix de la construction restent stables. Ceux du foncier augmentent dans les grandes métropoles, la demande restant importante. L'offre étant faible, les prix de sortie, bien que contraints par le marché, progressent. Il faut privilégier des lieux de vie plutôt que des produits d'investissements. Nous avons tous à y gagner. Le retour de la qualité passera donc par des charges foncières à prix maîtrisés, comme Anne Hidalgo l'a fait aux Batignolles, afin justement de favoriser la qualité des projets. Les consultations lancées par les collectivités locales au meilleur prix se font toujours au détriment de la qualité.

QUARTUS a émergé en misant fortement sur l'innovation. Sur quels axes travaillez-vous actuellement ?

Nous sommes en train de construire, en partenariat avec Cycle Terre, une usine de production de matériau biosourcé en terre crue. Son utilisation sera systématisée dans nos immeubles et ce matériau sera proposé à l'ensemble de la profession. La livraison de l'usine et sa mise en route sont prévues pour l'automne. Nous développons aussi en interne un outil digital permettant de mieux accompagner les besoins des clients, en coconstruisant avec eux leur logement. Et nous poursuivons nos réflexions sur le « nudge », de manière à inciter les habitants de nos programmes immobiliers à faire évoluer leur comportement pour être toujours plus responsables.